Article n°4 Alexandre Oboeuf Le corps expressif : entre adaptabilité interne et adaptabilité situationnelle

Alexandre Oboeuf , Maître de Conférences à l’ Université Paris Cité, Responsable du parcours de Master « Activité Physique Adaptée et Santé – Vulnérabilité Psycho-Sociales » (APAS-VPS),  Consultant en management de la créativité collective (Université Paris Dauphine).

Son objectif est de mieux circonscrire la manière dont les situations sociales en général, et les situations motrices en particulier, orientent clandestinement nos manières de communiquer, de créer et de ressentir.

Dans cette optique, ses sujets de réflexion sont :

– La compréhension des processus de créativité individuels et collectifs dans les situations sociales

– La recherche d’indicateurs de créativité motrice dans les jeux sportifs

–  L’évaluation de cette même créativité et de facto, la réflexion autour d’outils pour apprécier le potentiel créatif

–  les processus émotionnels et identitaires à l’œuvre dans le creuset des situations motrices.

Il débute sa communication par trois mots : sport, communication (empathie), et socialisation. Son regard se fonde sur une anthropologie des situations du corps et non du corps en situations.

Il donne comme exemple une étude faite en EPAHD 2008 à 2012 dont l’objet était d’améliorer la situation des résidents. Le projet a été d’introduire un café associatif dans la salle commune et d’observer les effets sur les résidents. Les résultats de la recherche montrent que l’environnement agit sur les traits de personnalités, l’émotion, la cognition. Il s’intéresse aux rites d’interaction, aux règles implicites.

Il expose ses références et les travaux qui alimentent ses recherches :

Edouard SAPIR qui dès 1927, suggère, concernant les gestes : l’individu et le social s’y mêlent inextricablement; néanmoins, nous y sommes extrêmement sensible, et nous y réagissons comme d’après un code, secret et compliqué, écrit nul part, connu de personne, entendu par tous (…) Comme toute conduite, le geste a des racines organiques, mais les lois du geste, le code tacite des messages et des réponses transmis par le geste sont l’œuvre d’une tradition  sociale complexe ».

 

– de l’École de Chicago ( R. Birdwhistell, E.Goffman ),

l’école de Paolo Alto et  Édouard T Hall.

 

L’École de Chicago est un courant de pensée sociologique américain apparu au début du XX e siècle dans le département de sociologie de l’université de Chicago. Son objet d’étude est essentiellement la sociologie et l’organisation des milieux urbains. Leur approche des relations sociales était essentiellement qualitative, rigoureuse dans l’analyse des données et centrée sur la ville comme laboratoire social.

Ici, pour les psychologues américains, c’est l’énigme corporelle notamment des gestes qui est à résoudre.

Alexandre Oboeuf nous présente

R. Birdwhistell, anthropologue américain particulièrement versé dans l’étude de la kinésique qui est l’étude des mouvements corporels. C’est une approche structurelle des micro-comportements articulaires qui quand ils s’accordent entre eux donnent un sens compréhensible pour ’interlocuteur. Il a essayé de comprendre l’harmonie communicationnelle de ces micro-mouvements et leur lien avec le langage verbal.

Il est connu pour son application des différents types d’interactions de la gestuelle américaine dans les personnages de Disney auquel il a donné vie.

Édouard T Hall propose son classement des distances en quatre zones principales : intime, personnelle, sociale et publique. Cela permet de donner différents sens à la gestuelle. Les résultats dans le classement est différent selon la culture, car le rapport à l’espace et au temps et aux différentes interactions possibles sont différents selon les cultures. Pour lui le rapport à l’espace et au temps est un langage culturel construit. Le corps deviendrait l’agent de la réponse attendue dans certaine situation qui nous arrive.

 

E.Goffman qui conçoit l’interaction comme un système social miniature.

Il s’intéresse aux rites d’interactions : comment l’espace, le temps, le rapport à l’objet et le rapport à autrui en fonctions des contraintes se transforment pour ne pas perdre la face ?

En son cœur, l’humain se tient « prêt pour toute action immédiate qui pourrait être requise, mobilisable, animé comme d’une sorte de tonus communicationnel » (Goffman 1981 : 92). Il produit des effets chargés de sens lorsqu’il est en présence d’autrui et donne ainsi une expression de lui-même engageant les autres à en obtenir une certaine impression. Cette réciprocité interactionnelle implique un principe moral : chacun est en droit d’attendre, d’une part, une certaine expression de ses interlocuteurs et, d’autre part, que ce que qu’ils prétendent être à travers les expressions qu’ils en donnent soit réel.

Ces fondements à l’interaction humaine permettent une influence réciproque des partenaires. C’est sur un mode multimodal et multisensoriel sans cesse orienté que l’être humain fait face à un événement.

Il s’agit du principe même de la communication tel que Goffman l’entend et tel qu’il en relève tous les aspects, tant au niveau du langage verbal que non verbal, ce qu’il désigne comme un flux gesticulatoire (gestes kinésiques et paralinguistiques)

L’École de Paolo Alto

L’influence de la première cybernétique sur l’école de Palo Alto s’est traduite par le fait que le thérapeute ne considère plus son patient comme un individu isolé sur lequel il devrait poser un diagnostic psychiatrique mais s’intéresse aux interactions actuelles du patient avec son environnement qui maintiennent son problème. En d’autres termes, le thérapeute se demande comment le système maintient l’homéostasie. On passe d’une explication individuelle, linéaire et diachronique à une explication systémique, circulaire et synchronique.

La deuxième cybernétique soulève la temporalité de l’action qui peut s’effectuer au sein de la crise.

Elle met aussi en avant les interactions. Les interactions qui deviennent l’unité à observer pour analyser une problématique humaine. C’est ainsi que Watzlawick écrira : « nous soignons des relations, pas des gens ».

Enfin, Alexande Oboeuf recentre son exposé sur les circonstances, spatiales, temporelles, instrumentales qui vont peser sur ce que nous avons le droit de faire ou pas selon la situation. Comment dans une situation prévisible laisser passer l’imprévisible ? Comment la communication motrice sélectionne des rôles et des sous-rôles ?

Il fait référence à Yves Winkin et son anthropologie de la communication.

Il présente à partir de dessins, une recherche sur les impacts de la représentation du corps chez les enfants de 6-8 ans, selon leur pratique sportive ou comment une activité sportive influence la perception de son corps, de l’espace et des autres, comment une activité sportive est un indicateur d’empathie et permet une actualisation des émotions ?

Rédigé par Odile Badiano